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Aller au-delà des « faux bons sentiments » !

jeudi 18 janvier 2018Expression de l'évêque

Depuis quelques temps, les médias se font l’écho des débats autour de la question migratoire. Ils nous tiennent informés des drames de l’immigration actuelle, de ses aspects tragiques et, peu à peu, nous prenons conscience des difficultés politiques pour en gérer les flux. Dans son message pour la Journée du migrant et du réfugié, dimanche dernier, le pape François nous exhorte à accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés. Il en appelle ainsi à la conscience des disciples du Christ, mais aussi à la responsabilité de tous les citoyens.

Ce que nous dit le pape François sur les migrants, est souvent présenté d’une façon réductrice. Parce qu’il nous invite à aller plus loin que le simple accueil des migrants qui échouent aux frontières de l’Europe. Il veut aussi nous faire prendre conscience que 84% des personnes déplacées trouvent refuge auprès de populations du Sud, elles-mêmes déjà en grande précarité, dans des pays aux faibles revenus moyens. L’Europe, se demande le pape, serait-elle moins accueillante parce que plus riche ? L’interpellation nous renvoie ainsi à la manière dont nous habitons et aménageons notre « maison commune ». Comme il le répète souvent, en ce domaine, tout est lié ! 

Nous pouvons être d’accord avec le Président de la République française lorsqu’il déclare, face aux 26 associations humanitaires qui questionnent les pouvoirs publics, qu’on ne peut se laisser guider par les « faux bons sentiments ». Le pape le dit avec autant de force lorsqu’il nous rappelle que les mouvements migratoires, qu’ils soient d’origine politique, économique ou climatique, nous révèlent brutalement que notre monde tourne mal… qu’il est inacceptable que la majorité des richesses et des ressources de la planète soient entre les mains d’une minorité de privilégiés. C’est donc le logiciel de nos sociétés que le pape nous demande de changer pour adopter des pratiques qui privilégient la sobriété, le partage et la coopération solidaire, en vue d’une fraternité qui dépasse les frontières nationales.

Oui, il faut aller plus loin que les « faux bons sentiments » et mettre en œuvre, outre l’hospitalité due aux personnes et aux familles qui arrivent chez nous, souvent dans un dénuement et une détresse extrême, une politique responsable au niveau européen et au niveau d’une coopération internationale. Chaque homme a le droit de vivre dans son pays où il doit pouvoir trouver les moyens de mener une « vie digne et bonne » pour lui et sa famille. Nous ne pouvons classifier les migrants ; leur arrivée dans notre espace social, est toujours le résultat des dysfonctionnements politiques, économiques, financiers et écologiques dont nos pays riches sont responsables. 

Aller au-delà des « faux bons sentiments », c’est pour la France, honorer les objectifs sur lesquels elle s’est engagée pour l’accueil. C’est aussi tenir le niveau des crédits pour l’aide au développement : Ils représentent 0,36 % du revenu national brut, loin de l’objectif de 0,70 % fixé par l’ONU.  Les associations et les gens qui y sont engagés, font un remarquable travail d’accompagnement des migrants pour les protéger, les promouvoir et leur permettre de s’intégrer. Ce ne sont pas que de « faux bons sentiments ». Ils donnent de leur temps et de leurs compétences. On est en droit d’attendre une action politique qui se situe dans une approche globale, non seulement pour trier les migrants et les réfugiés arrivés sur notre sol, mais pour œuvrer à une véritable politique de développement solidaire sans laquelle nous serons incapables de relever un des défis majeurs de ce début de 21ème siècle.

+ Jean-Luc Brunin, évêque du Havre

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