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Homélie du 1er dimanche de l’Avent

lundi 4 décembre 2017Expression de l'évêque

Une fois encore, nous en avons l’habitude, Jésus vient nous prendre à contre-courant. Nous appartenons à une culture marquée par ce que des sociologues appellent la « dictature de l’instant ». Cela détermine notre rapport au temps et nos habitudes pour l’habiter. Tous, nous sommes les adeptes du zapping ! Nous zappons ce qui nous dérange, ce qui nous sature ou ce qui nous ennuie. Nous sommes en perpétuelle quête de ce qui pourra nous gratifier. Champions du zapping, nous en devenons superficiels. Nous survolons les programmes, les livres, les occupations de loisirs et même les moments d’échange avec nos amis. Nous sommes ici, nous envisageons tout de suite l’ailleurs. Notre attention n’arrive plus à se fixer durablement, nous sommes perpétuellement en quête de nouveau, de moins ennuyeux et de plus gratifiant. Le temps se contracte dans une succession de présents éphémères et fugace. Il n’est donc pas étonnant de constater que nous avons bien des difficultés pour donner sens et direction à nos vies personnelles.

Dieu est ce maître de maison qui la confie à ses serviteurs durant le temps de son absence. Mais il assure qu’il reviendra et qu’il entend que ceux qu’il a laissé à la maison, continue de l’habiter, de la conserver et de l’entretenir

A nous, les hommes et les femmes de l’instantané, du tout de suite, Jésus nous invite à durer dans l’attente de l’avènement du Jour de Dieu. Une attente qui soit vigilance car il faut prendre garde, rester éveillé puisque ce qui va advenir sera soudain. Dieu est ce maître de maison qui la confie à ses serviteurs durant le temps de son absence. Mais il assure qu’il reviendra et qu’il entend que ceux qu’il a laissé à la maison, continue de l’habiter, de la conserver et de l’entretenir. A chacun, il a fixé son travail.

Le temps que nous vivons est donc le temps de la veille ! De la veille active et laborieuse ! Le maître va venir, dans quel état trouvera-t-il la maison qu’Il nous a confiée ? En nous confiant le soin de sa maison, Dieu ne nous a pas laissés livrés à nous-mêmes. L’Esprit Saint nous met en contact permanent avec Jésus. Par Lui, Dieu vient à nous. Mais dans le bon sens ! les chrétiens pensent trop souvent le Christ derrière eux. Il est vrai que Jésus n’est pas un mythe, ni une météorite. Il a vécu, enseigné, donné sa vie et ressuscité à un moment donné de l’histoire. Et les évangiles nous permettent d’en faire mémoire, de le connaître et de recevoir son message pour nous efforcer d’en vivre. Mais il est éternellement vivant et ne cesse de venir à nous, non par derrière, dans notre dos. Mais de l’avenir où il nous précède. « Je vous précède en Galilée » avait-il dit à ses disciples après sa résurrection.

Le temps de l’Avent est cette période liturgique que l’Eglise nous offre à vivre pour nous remettre dans le bon sens. Notre temps n’est ni un éternel présent fugace et discontinu. Il n’est pas plus la nostalgie d’un passé révolu

Le temps de l’Avent est cette période liturgique que l’Eglise nous offre à vivre pour nous remettre dans le bon sens. Notre temps n’est ni un éternel présent fugace et discontinu. Il n’est pas plus la nostalgie d’un passé révolu. Si nous devons veiller, comme le Christ nous y invite, c’est en laissant l’avenir venir à nous pour éclairer et donner sens au présent de nos vies.  Le Seigneur va venir ; il vient de l’avenir et c’est vers cet avenir qu’il nous faut envisager. Notre histoire personnelle, comme l’histoire de notre monde, s’écrit en partant de l’avenir du Royaume que Jésus est venu nous révéler et inaugurer. Nous déchiffrons le sens de notre histoire en partant de Celui qui vient à nous, depuis l’avenir. Travailler à écrire notre histoire à partir du passé de mes faiblesses, de mes fragilités et de mes peurs, c’est avancer en fixant nostalgiquement notre vie et celle du monde dans le rétroviseur. Ecrire notre histoire à coups de zapping qui nous enferment dans l’instant présent de nos déceptions, de nos échecs ou de nos plaisirs glanés à la sauvette, c’est nous laisser endormir par le somnifère du consumérisme. Le temps de l’Avent nous invite à tracer notre parcours de vie à partir du Christ qui ne cesse de venir à nous pour nous offrir la feuille de route. Nous pouvons lui faire confiance car il a parcouru la trajectoire qui mène au Royaume qu’il est venu annoncer.

Le temps de l’Avent nous invite à tracer notre parcours de vie à partir du Christ qui ne cesse de venir à nous pour nous offrir la feuille de route

Nous voici donc invités à mettre en œuvre ce qu’il nous a annoncé et promis. Le Royaume est là, ajustons nos vies à ce qu’il déploie dans l’histoire humaine. Le Royaume advient lorsque nous prenons soin des plus fragiles, lorsque nous prenons soin de notre terre dans des attitudes marquées par la sobriété, lorsque nous cherchons à établir plus de justice et plus de solidarité entre nous, lorsque nous organisons le partage équitable des biens de la création, lorsque nous nous faisons accueillants aux isolés et aux réfugiés de toutes origines … C’est cela la veille active à laquelle nous sommes appelés durant ce temps de l’Avent. Si nous le vivons dans cet Esprit, alors notre cœur pourra le Christ lorsqu’à Noël, il viendra parmi nous. Noël n’est pas un anniversaire, mais un événement : Dieu vient à nous dans un enfant nouveau-né pour nous entraîner vers son avenir. Amen !

+ Jean-Luc Brunin

Évêque du Havre

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