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Homélie – Messe pour la ville du Havre

mercredi 11 octobre 2017Expression de l'évêque
Messe pour la ville du Havre

 

Dans la première lecture, le prophète Isaïe, en des termes très bienveillants, compare le peuple de Dieu à une vigne que le Seigneur a plantée et dont il prend soin avec beaucoup d’amour.  Dans l’Évangile, Jésus, reprend la même image de la vigne pour parler de nous.

Vous avez pu remarquer que Jésus s’inspire de façon évidente du texte d’Isaïe. On retrouve les mêmes éléments : la vigne, une clôture pour la protéger, un pressoir, une tour de garde pour la protéger des rôdeurs et des grappilleurs. A partir de ces éléments, Jésus construit une parabole dans laquelle Dieu le Père confie la vigne qui lui est chère à des vignerons.  Mais très vite, ceux-ci oublient qu’ils ne sont que des administrateurs et ils commencent à se conduire comme des propriétaires, gardant pour eux le fruit de ce qu’ils n’ont qu’en dépôt.

Jésus, dans cette parabole, s’adresse aux chefs des prêtres et des pharisiens. Ceux-ci, au lieu de servir Dieu, de le faire connaître par le peuple, utilisent leur pouvoir pour se servir et exploiter le peuple à leur seul profit. Jésus condamne sans détour leur perversité et il se fait même menaçant. La sentence est une sentence de mort : « ces misérables, il les fera périr misérablement » Remarquez que cette sentence ne vient pas de la bouche de Jésus, mais de ses auditeurs … ceux-là même dont Jésus dénonce le comportement ! Suprême astuce de Jésus qui, par une parabole pose une question à laquelle les auditeurs répondent … en se condamnant eux-mêmes !

Cet endroit au bord de l’estuaire, permettant aux navires de trouver un « havre de grâce » qui les protégeait des caprices dévastateurs de la mer, est devenu peu à peu une ville qui vit depuis 500 ans.

Mais ce texte parle de nous aussi ! La Parole de Dieu est universelle, elle rejoint chacun et s’actualise dans la situation où il est engagé. Pour nous, cette parole de Jésus,  nous l’accueillons alors que se terminent les célébrations des 500 ans de la création de la ville du Havre. Cet endroit au bord de l’estuaire, permettant aux navires de trouver un « havre de grâce » qui les protégeait des caprices dévastateurs de la mer, est devenu peu à peu une ville qui vit depuis 500 ans. La question que nous pouvons nous poser devient alors : la ville du Havre, riche d’histoire, n’est-elle pas, pour nous, la vigne que Dieu a plantée et qu’il nous a confiée ? Celles et ceux qui nous ont précédés, ont bâti et entretenu l’espace que nous partageons. Depuis 500 ans, la ville a accueilli des flux de populations qui ont géré, plus ou moins harmonieusement, leur vivre ensemble. Ce que nous avons évoqué de l’histoire de notre cité, nous montre qu’une ville n’est pas un espace inerte, mais une réalité vivante. Et comme tout ce qui vit, elle évolue et rend nécessaires des réaménagements, des restructurations et même des reconstructions. 

L’évangile nous questionne sur la manière dont nous nous comportons à l’égard de notre ville, dont nous vivons les relations entre citoyens. Avons-nous des comportements de propriétaires/consommateurs repliés sur nous-mêmes, ou gérons-nous une cité avec le souci de nous inscrire dans une histoire, dans une culture d’ouverture qui s’est forgée au contact de notre façade maritime et de l’accueil de navires venus de tous les continents ?  En ce sens, nous pouvons demander au Seigneur que la célébration des 500 ans que nous avons vécue, puisse renforcer chez les havraises et les havrais de toutes origines, la conscience de notre vocation à l’ouverture à ce qui vient d’ailleurs et à l’universalité des relations entre les personnes et les peuples.

La question que nous pouvons nous poser devient alors : la ville du Havre, riche d’histoire, n’est-elle pas, pour nous, la vigne que Dieu a plantée et qu’il nous a confiée ?

Mais l’évangile nous interroge aussi sur la façon dont nous vivons notre citoyenneté. Une ville est un espace partagé qu’on ne cloisonne pas de façon clanique ou communautariste. Les habitants du Havre sont tous pris dans des relations formelles : les enfants fréquentent les écoles de la ville, nous empruntons les mêmes voies pour nous déplacer, nous nous croisons dans le tramway ou le bus, nous nous rencontrons dans les mêmes magasins … Bref, nous nous croisons au hasard de nos diverses activités personnelles. Mais de cette proximité obligatoire, nous pouvons faire naître une citoyenneté plus responsable, à-travers des relations plus collectives qui suscitent des actions plus solidaires. Je pense en particulier à la décision de s’associer pour mettre en œuvre un projet qui rassemble des citoyens concernés. Et notre ville est riche de toutes ces associations qui développent une citoyenneté ouverte au-delà de nos seuls intérêts individuels. Je pense aussi à la dimension politique de notre vie collective. Les responsables de la cité, les organisations diverses qui entretiennent un souci du bien commun de tous les habitants.

Dès les débuts du christianisme, les chrétiens ont eu le souci de prendre part activement à la vie de la cité qu’ils habitaient. L’épître à Diognète, un auteur chrétien anonyme de la fin du 2ème siècle, précise que leur mode de présence ne s’exprime ni à travers des particularités vestimentaires, culinaires ou culturelles, ni même par leur refus des lois. « Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois », précise l’auteur. Leur participation à la vie citoyenne reste déterminée par l’enseignement du Christ qui les appelle à l’excès de l’amour qui va toujours au-delà du simple suffisant, du normal établi. Leur façon de participer à la vie de la cité reste déterminée par le message du Christ qui annonce le Royaume. 

Rendons grâce au Seigneur pour notre ville. Qu’il nous aide à redécouvrir qu’il nous la confie pour en faire un espace où toute personne et tout groupe humain puisse s’intégrer et trouver le nécessaire pour vivre dignement.

Pour les chrétiens, l’implication dans une citoyenneté plus large qui génère du lien social, ce n’est pas facultatif. Si nous nous situons comme de simples consommateurs des services de la ville, sans nous impliquer dans l’animation de notre espace commun, nous vivrons une citoyenneté au rabais, en deçà des exigences de notre foi. Il en est de notre appartenance à la ville comme de notre appartenance à la communauté ecclésiale. Si nous nous contentons de consommer ce qui est mis à notre disposition, sans chercher les moyens de devenir acteurs dans la cité ou dans notre communauté d’Église, nous encourons le reproche que Jésus adresse aux vignerons. Ils voient la vigne comme leur propriété exclusive où tout leur est dû, sans cultiver un amour pour le bien que le maître leur a confié pour le faire fructifier et le partager.

Dans cette Eucharistie, rendons grâce au Seigneur pour notre ville. Qu’il nous aide à redécouvrir qu’il nous la confie pour en faire un espace où toute personne et tout groupe humain puisse s’intégrer et trouver le nécessaire pour vivre dignement. Que notre communion au Corps du Christ qui s’est donné pour que les hommes aient la Vie, soit notre force pour une implication effective dans la vie de notre cité comme dans la vie de notre communauté. Amen.

+ Mgr Jean-Luc Brunin

Évêque du Havre

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