Homélie – 4ᵉ dimanche du Carême (année A)
L’aveugle-né
Il y a quelque chose d’étrange dans l’Évangile que nous venons d’entendre : le seul qui ne voit pas au début, c’est celui qui finira par voir clair.
Et ceux qui pensent tout voir, tout comprendre, tout expliquer… ce sont eux qui restent aveugles.
Alors la question de cet Évangile est peut-être celle-ci : et nous, est-ce que nous voyons vraiment clair dans notre vie ?
L’Évangile raconte la guérison d’un homme aveugle de naissance. Mais en réalité, ce récit ne parle pas seulement d’une guérison physique. Il parle surtout d’un chemin vers la lumière. Au début de l’histoire, un homme ne voit pas. À la fin, il voit. Mais entre les deux, il se passe quelque chose de plus profond : il découvre qui est Jésus. Et c’est la question qui traverse tout l’Évangile et qui vous concerne, chers amis confirmands : Qui est Jésus ?
Autour de l’aveugle guéri, chacun réagit différemment. Les disciples cherchent une explication rapide : « Qui a péché ? Lui ou ses parents ? ». Comme souvent, ils veulent trouver une cause simple à une situation compliquée. Les parents de l’homme guéri, eux, ont peur. Ils savent ce qui s’est passé, mais ils n’osent pas trop parler. La peur les empêche de dire toute la vérité.
Les pharisiens, enfin, sont persuadés d’avoir raison. Ils pensent voir clair. Pourtant, ce sont eux qui restent enfermés dans leur aveuglement. Leur certitude devient une prison.
Et puis il y a cet homme qui était aveugle. Au début, il ne connaît presque rien de Jésus. Mais peu à peu, il avance. Sa guérison ouvre un chemin de foi.
À la fin, quand Jésus lui demande : « Crois-tu au Fils de l’homme ? », il répond simplement : « Je crois, Seigneur. ». Dans cet épisode évangélique, nous pouvons découvrir trois passages :
- passer de l’aveuglement à la lumière,
- passer de la peur à la liberté,
- et passer de l’hésitation à la foi.
Ces trois passages peuvent nous aider à comprendre ce qui se passe dans la vie de cet aveugle de naissance … et dans notre propre vie chrétienne.
1. Premier passage : avoir des yeux qui s’ouvrent au mystère de la personne de Jésus
Cet homme est aveugle depuis sa naissance. Il n’a jamais vu la lumière. Et Jésus fait un geste très simple : il lui demande d’aller se laver à la piscine de Siloé. L’homme y va. Il se lave. Et il voit qui est Jésus et quelle est sa mission. Cet évangile nous pose une question simple : et nous, voyons-nous vraiment qui est Jésus et ce qu’il opère de bon dans notre vie ?
Il y a plusieurs formes d’aveuglement : les préjugés, les jugements rapides, les certitudes trop sûres d’elles. La foi, c’est demander au Christ : « Seigneur, ouvre mes yeux afin que je puisse voir qui tu es et comment Ton Esprit est à l’œuvre dans ma vie. »
2. Deuxième passage : dépasser la peur qui empêche de parler
Les parents de l’homme guéri savent ce qui s’est passé. Mais l’Évangile dit qu’ils ont peur. Ils ont peur de dire clairement ce qu’ils croient. Cette peur, nous la connaissons parfois nous aussi : la peur d’être jugé, la peur de paraître différent, la peur d’être moqué si nous disons que nous croyons au Christ.
Or la confirmation que vous allez recevoir est justement le sacrement qui donne la force de l’Esprit Saint.
La force d’oser croire.
La force d’oser témoigner.
La force de ne pas cacher la lumière que nous avons reçue.
3. Troisième passage pour discerner Jésus qui passe dans notre vie
Il y a un une mention discrète au début du texte de cet Évangile. On risque de ne pas la remarquer ! : « En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. » Jésus est en chemin. Il passe. Et souvent, Dieu agit ainsi dans nos vies : il passe.
Il passe dans une parole de l’Évangile qui nous touche.
Il passe dans une rencontre et une parole d’un témoin de la foi
Il passe dans une prière, dans un sacrement, dans un moment important de notre vie.
La question est simple : est-ce que nous reconnaissons son passage ? À la fin de l’Évangile, Jésus retrouve l’homme qu’il a guéri et lui pose une question très personnelle : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Et l’homme répond : « Je crois, Seigneur. » Toute l’histoire mène à cette réponse.
Pour vous qui vous préparez à la confirmation, cette parole est très importante. Car la foi ne consiste pas seulement à connaître des choses sur Dieu. La foi, c’est être capable de dire un jour, avec confiance : « Je crois, Seigneur. »
Alors aujourd’hui, en réponse à la Parole que Dieu nous adresse, on pourrait simplement faire cette prière :
Seigneur, ouvre nos yeux, illumine notre regard…
Fais tomber nos peurs.
Et apprends-nous à reconnaître ton passage dans notre vie. Amen.