Le repas dont il est question dans l’évangile, nous place dans une double position que le double sens du mot « hôte » révèle : nous sommes à la fois l’hôte qui est reçu et l’hôte qui reçoit. Deux invitations nous sont ainsi adressées : un appel à l’humilité et un appel à exercer une hospitalité généreuse. Et en ce jour des fêtes de la mer, ces invitations trouvent une résonance particulière, car la mer, avec sa beauté et ses dangers, nous apprend à la fois l’humilité et la solidarité. Mais elle est aussi, depuis toujours, un espace de rencontres entre les peuples, un chemin qui relie plutôt qu’il ne sépare. Dans un monde où la guerre resurgit comme une menace, la mer nous rappelle qu’il est toujours possible de bâtir des relations pacifiques et fraternelles.
L’humilité d’abord !
C’était déjà présent dans la première lecture où le Siracide recommande : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur ». De quelle humilité s’agit-il ? Serait-ce une stratégie pour mieux nous faire valoir aux yeux des autres ?
Reconnaissons qu’il est difficile d’accueillir aujourd’hui cette invitation à l’humilité telle qu’elle nous est recommandée. Dans notre société de compétition permanente et où les réseaux nous sollicite pour nous mettre en scène, nous sommes sans cesse tentés de jouer des coudes pour nous hisser et nous faire valoir. Pourtant, ceux qui connaissent la mer savent bien qu’elle remet vite chacun à sa juste place. Le marin orgueilleux qui croit la dominer seul court à sa perte. La mer apprend la modestie, le respect des forces qui nous dépassent, l’attention vigilante aux autres.
L’humilité à laquelle l’Évangile nous appelle, s’enracine dans la foi en un Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est abaissé jusqu’à devenir serviteur de l’homme. Comme la mer qui reçoit les fleuves, comme le port qui accueille les navires, Dieu s’abaisse pour se faire hospitalier et nous accueillir. Et il nous invite à faire de même.
Saint Paul exhorte les chrétiens : « ne faites rien par rivalité ou pour la gloire ; ayez l’humilité de croire les autres meilleurs que vous-mêmes ». Une société où les rivalités sont permanentes, devient vite une jungle. Mais ceux qui naviguent le savent : nul ne traverse la mer seul. C’est ensemble, en équipage, qu’on affronte la tempête et qu’on parvient au port. L’humilité, c’est reconnaître que nous avons besoin les uns des autres pour vivre et pour avancer. Et l’humanité tout entière ressemble à un grand navire : si chacun rame pour soi, la dérive est inévitable ; mais si nous acceptons de conjuguer nos forces, alors les mers, loin d’être un champ de bataille, peuvent redevenir un espace de coopération et de paix.
La seconde invitation : l’hospitalité
Qui sommes-nous disposés à recevoir à notre table pour partager avec eux le repas ? Ne limitons pas notre accueil à ceux qui nous ressemblent ou pourraient nous être utiles. Jésus nous invite à une hospitalité gratuite : « invite les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles ».
La mer elle-même, dans l’imaginaire biblique, est souvent un lieu de passage, un chemin pour les voyageurs et les migrants. Elle porte des promesses mais elle peut aussi devenir tombeau pour ceux qui la traversent dans la précarité. Aux fêtes de la mer, nous rendons grâce pour la beauté du milieu maritime et pour ceux qui y travaillent, mais nous pensons aussi à ceux qui y perdent la vie en quête d’une terre plus hospitalière. L’Évangile, en nous parlant de repas et d’hospitalité, nous presse de ne pas fermer nos ports, nos tables et nos cœurs. La mer, en reliant les nations, nous enseigne que l’hospitalité n’est pas une option mais la condition même de la paix.
L’hospitalité est la condition d’une société humaine et fraternelle. Elle ne se vit pas seulement dans l’espace familial mais aussi dans le cadre social, national, international. La mer n’appartient à personne, elle est le bien commun de l’humanité. Elle nous rappelle que la table de la fraternité ne peut exclure personne. Elle invite les peuples à se rencontrer, à commercer, à échanger, à dialoguer. Là où la guerre dresse des frontières infranchissables et nourrit l’animosité et le désir de tuer, la mer demeure ce lieu qui ouvre des horizons et permet la paix des rencontres.
Ainsi, en célébrant les fêtes de la mer, nous entendons à nouveau l’appel de l’Évangile : choisir l’humilité qui nous relie aux autres, et vivre l’hospitalité qui ouvre nos vies comme un port sûr. C’est sur ces fondements que peut se construire une société véritablement humaine, à l’image du Christ serviteur. Et c’est ainsi que la mer, au lieu d’être un champ de conflits, pourra rester ce qu’elle est appelée à être : un chemin de relations, une promesse de fraternité et un signe de paix pour le monde.