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Homélie de la messe Chrismale

Mot d’accueil

Bienvenue, frères et sœurs, pour cette célébration de la Messe Chrismale qui permet, cette année, de nous rassembler pour ce temps fort de notre vie diocésaine. Le Peuple de Dieu se rend visible dans la diversité de ses vocations : prêtres et diacres… consacrés dans la vie apostolique ou la vie contemplative… laïcs responsables en paroisse, dans les divers services diocésains ou les mouvements de l‘apostolat des laïcs… laïcs engagés dans la mission éducative de notre Église, en pastorale des jeunes et dans l’enseignement catholique.  Parmi vous, je veux saluer de façon toute particulière l’abbé Jean-Pierre JOURDAIN qui célèbre ses 60 années d’ordination presbytéral.

Frères et sœurs, pouvant nous rassembler, même si les restrictions sanitaires n’ont pas totalement disparu, nous pouvons éprouver de façon sensible que nous formons l’Église du Christ au Havre, une Église qui prend visage par tous nos visages, même masqués ! 

Rassemblés pour la Messe Chrismale, nous vivons comme par anticipation, les grands moments qui vont ponctuer une année de la vie de l’Église diocésaine. Nous bénirons l’huile de la Miséricorde utilisée pour les célébrations de protection, de délivrance et de guérison, puis l’huile des catéchumènes qui se préparent aux sacrements de l’initiation, l’huile des malades et enfin la consécration du Saint-Chrême pour les nouveaux baptisés et les confirmés. Veillons à les accueillir et leur faire place dans nos communautés. Ils sont une chance pour la vitalité apostolique de notre Église.

Ce que nous célébrons ce matin est en quelque sorte, un pari sur l’avenir de notre Église. Celui-ci dépend du don de l’Esprit Saint qui nous consacre mais aussi de notre implication personnelle au titre de notre baptême et, pour certains, de leur consécration religieuse ou de leur ordination.

C’est un acte d’espérance en ces temps de crise et d’incertitude où nous sommes mis au défi de tenir debout en chrétiens dans un environnement de moins en moins porteur, mais qui nous requiert à l’authenticité et la radicalité de notre engagement à la suite du Christ. Nous sommes les disciples missionnaires dont il a besoin pour poursuivre sa mission.

Bien sûr, nous arrivons conscients d’être indignes de cette confiance que nous accorde le Seigneur en nous confions l’Évangile pour le porter au contact de la vie de nos contemporains. Nous nous sentons faibles et fragiles dans nos engagements. Mais, au début de cette célébration, confessons que le Seigneur agit dans nos limites, nos hésitations et nos peurs. Confions-nous ensemble à Sa Miséricorde.

 

Homélie de la Messe Chrismale – Mardi 30 mars 2021
Homélie de Mgr Jean-Luc Brunin

Dans l’évangile de Luc que nous venons de proclamer, deux mots revêtent pour nous une importance toute particulière : liberté et libération ! Ces mots résonnent singulièrement en ces temps de confinement où les nécessaires mesures sanitaires imposées limitent nos capacités de circulation et de relations familiales, sociales et aussi ecclésiales.  Liberté et libération : deux mots essentiels dans la Bible. Dans la tradition biblique, en effet, l’homme n’est pas libre mais libéré. Le mouvement même de la vie croyante est essentiellement libération de tout ce qui peut entraver la relation d’Alliance avec Dieu.  La naissance du peuple de Dieu coïncide avec sa libération du pays d’Egypte où il se trouvait en esclavage. L’Exode est à la fois une libération politique et une expérience spirituelle. Le Peuple de Dieu se constitue dans cet exode qui le fait passer de l’esclavage à l’établissement en Terre Promise. Mais cet exode est aussi une expérience spirituelle. Durant la marche des 40 années dans le désert, Dieu se révèle à son peuple comme le Dieu de l’alliance, le Dieu du pardon et de la fidélité. Tout au long de son histoire, Israël fera constamment référence à cette expérience fondatrice de l’exode qui l’a préparé à devenir Peuple de Dieu au milieu des nations.

Avec Jésus, Dieu achève son œuvre de libération. Cette fois, ce n’est plus de la domination de Pharaon dont nous devons être libérés, mais de l’esclavage dans lequel nous maintiennent le mal et le péché. Par toute sa vie et surtout dans sa passion, Jésus est la révélation de la libération radicale. Il est l’homme parfaitement libre face au pouvoir politique et religieux, face aux forces du mal et de la mort… C’est d’une telle liberté que jouissent les disciples de Jésus. Saint Paul le rappellera aux Galates : « Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres » (Galates 5, 13). Les baptisés incorporés au Christ, remplis de Son Esprit sont devenus des êtres libres, envoyés au monde pour une vocation de service.

La bénédiction des huiles saintes et du Saint-Chrême, au cœur de la célébration de la messe chrismale, réactive notre conviction que le Christ continue d’agir dans les sacrements pour nous rendre à cette vocation de service, et nous consacrer par l’Esprit Saint pour nous envoyer comme Jésus, « annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, remettre en liberté les opprimés ». 

La liturgie de la Messe Chrismale nous questionne : « Qu’avons-nous fait de la liberté que le Christ nous a acquise ? » L’interrogation se pose à deux niveaux : pour notre vie personnelle dans la foi, mais aussi pour nos communautés qui vivent des sacrements de la foi, réactivant sans cesse la libération que le Christ nous a obtenue. Les difficultés de nos communautés chrétiennes tiennent au fait qu’elles sont plus souvent prisonnières de traditions et d’habitudes qui l’empêchent d’être un peuple libre qui consent à se laisser envoyer pour porter l’Evangile vers ceux et celles qui attendent la libération que le Christ peut leur offrir. Oui, ils sont toujours nombreux les pauvres, les prisonniers victimes de toutes sortes d’enfermements.  Ils ont besoin que les disciples du Christ les rejoignent et leur manifestent sollicitude et fraternité.   

Nous-mêmes et nos communautés devons retrouver le dynamisme de la foi au Christ envoyé par l’Esprit Saint pour annoncer au monde l’Évangile de la liberté et de la joie. Déjà, dans sa première Exhortation Apostolique, Evangelii gaudium, le pape François nous y engageait. Est-ce que nos communautés possèdent une véritable culture missionnaire ? Ont-elles conscience de vivre un incessant exode vers ce monde qui, certes, déroute et inquiète, mais qui est travaillé par des élans de solidarité et de bienveillance qu’il nous faut reconnaître et rejoindre. Il nous faut devenir toujours plus les témoins d’une liberté qui dispose à une vocation de service. Car, nous dit saint Paul « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » 2 Cor 3, 17.

Consacrés par l’Esprit du Seigneur, nous sommes responsables, chacun pour notre part, de l’élan missionnaire que notre Eglise diocésaine doit sans cesse retrouver. Surtout en cette période interminable de confinement qui nous tient à distance les uns des autres. Je profite de cette occasion pour remercier les paroisses, les mouvements et les services qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour entretenir des liens en Eglise, proposer des moments de prière et de partage en ayant recours aux nouveaux moyens de communiquer. Ne perdons rien de cette expérience qui ouvre sur de nouveaux possibles pour notre vie en Eglise et pour la mission.

Un dominicain, le frère Dominique Collin, auteur d’un livre récent intitulé de façon provocatrice, « Le christianisme n’existe pas encore !», rappelle que les disciples de Jésus étaient désignés, dans les premiers temps de l’Eglise, comme ceux qui suivaient la Voie de l’Evangile. La Voie Ce fut la première manière de désigner l’expérience des disciples de Jésus.  Notre christianisme n’est pas une tradition de musée, mais une identité dynamique qui se construit pas à pas, lorsque notre existence est comme sans cesse dépassée par l’Evangile qui nous entraîne à le porter toujours plus loin.

La liberté de Jésus nous rend à notre liberté, elle nous fait pressentir que l’Evangile n’a pas encore dit son dernier mot. Le pire serait d’enfermer cette Bonne Nouvelle destinée à tous, dans nos petits cercles fermés, même pieux. L’expérience des Maisons d’Eglise est un choix pastoral fort dans notre diocèse. Il nous place en situation d’accueil et d’écoute de personnes qui ne sont pas des habitués de nos communautés. Nous engager à faire vivre ces lieux d’accueil, nous former pour accompagner des itinéraires de croissance humaine et des avancées dans la foi, est une manière de nous laisser envoyer par l’Esprit qui consacre nos vies à l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Je vous invite à avoir le courage nécessaire pour résorber au maximum les scories d’un christianisme enkysté dans des liturgies figées et rubricistes, dans des habitudes qui anesthésient la foi qui perd alors sa vigueur missionnaire, dans des doctrines morales closes, souvent à l’origine de condamnations sans appel des plus faibles. Ne nous laissons pas engluer dans des formes imaginaires d’une vie en Eglise qui prétendent restaurer un passé idéalisé. Nous sommes invités au risque de la foi, pour faire vivre une Eglise qui s’adresse aux hommes et aux femmes de notre temps en vue de leur annoncer l’Evangile du Salut, non pas dans un vocabulaire suranné et hermétique, mais dans des langages accessibles et pertinents. Être disciple missionnaire, c’est croire en la possibilité que l’événement ouvert dans notre vie personnelle par l’accueil de l’Evangile, puisse aussi devenir un événement pour ceux et celles vers lesquels nous portons l’annonce de cette Parole. Chaque année, nous bénissons les huiles saintes et consacrons le Saint-Chrême. C’est nécessaire parce qu’une huile qui vieillit, même si elle est consacrée, elle devient toujours rance et désagréable. Que ces huiles que nous allons bénir et consacrer, nous fassent sortir du vieillissement de notre foi pour vivre dans cet esprit missionnaire. Nous serons alors les disciples de Celui qui s’est laissé envoyer par l’Esprit qui le consacrait en vue de la mission qu’il avait reçue du Père.